Dans tes classeurs de lycée
Y a du sang et y a des pleurs
Les premières blessures de ton cœur
Les premières blessures
Les premières déchirures
Qui font des bleus à ton âme
Qui font des bleus petite Anne

Dans les cafés du lycée
Faut que tu bluffes, que tu mentes
Autour des diabolos menthe
Quand tu racontes les nuits
Du dernier été
De tous ces premiers amants
Que tu n'as eus qu'en rêvant

Dans tes classeurs de lycée
Y a tes rêves et tes secrets
Tous ces mots que tu n'dis jamais
Des mots d'amour et de tendresse
Des mots de femme
Que tu caches et qu'on condamne
Que tu caches petite Anne[1]


Il y a des moments comme ce soir que l'on attend avec impatience, enthousiaste, fébrile...
Et puis le jour est là... Il traine en longueur... On attend le soir, l'évènement...

L'heure de partir arrive, après quelques catastrophes ménagères... un parquet au fromage blanc, un verre qui se brise...
Bien sur pas de place pour se garer... Bien sur il pleut, il vente, il fait froid...
Mais qu'importe les éléments climatiques... Qu'importe le genoux qui se bloque, la jupe longue où les jambes s'emmêlent en marchant... Qu'importe puisque le moment de magie pointe son nez...

On entre dans le temple... Il y a du monde... On se sent petite... Un brin intimidée... On s'approche du goulet qui nous mènera à l'endroit précis où nous allons vivre cet évènement tant attendu...
On s'installe, mais on sera dérangé plusieurs fois... C'est fou comme ce sont toujours ceux du milieu qui arrivent en dernier.

Enfin les lumières s'éteignent... Puis d'autres s'allument... Un... Deux... Trois... Quatre hommes entrent sous les applaudissements... Et enfin IL arrive. Celui pour qui on est venu.

Alors les mains s'agitent de plus belle, elles se cognent fort, aussi fort que son cœur. On se sent tout chose... Mais ce n'est pas le trac... Quoiqu'en dise l'artiste... Non, c'est la magie, le sentiment d'irréalité... JE suis bien là, assise dans ce fauteuil de théâtre pour voir un artiste que j'aime...

Après trente ans sans faire de scène, il passe ici, dans MA ville, avant son Olympia... Et moi je suis là, à quelques mètres de lui. Je le vois en chair et en os... Et je le trouve toujours aussi bien.

Puis il parle, il chante, il nous fait sourire, rire... Tour à tour il nous emmène dans son monde, dans le monde... Et les souvenirs s'égrennent... au détour d'une chanson ancienne... par les paroles d'une nouvelle... De l'émotion, forte, de celle qui serre la gorge et fait briller les yeux... des textes touchants... touchants de beauté, de réalité, de sentiments...

Un monde mélancolique... comme sa voix. Certes il ne monte plus aussi bien dans les aigus... Il semble avoir un peu moins de souffle... Mais qu'importe ! Moi je l'ai retrouvé... J'ai chanté avec lui... Oh en silence, osant à peine bouger les lèvres... J'ai agité mes pieds dans mes bottines, pianoté sur mes genoux...

Et la chanson qui déchire... Car moi aussi j'en ai rêvé de la grosse pomme... Je n'ai pu me retenir de chanter le refrain en silence...
Et l'artiste et ses musiciens qui s'alignent et saluent.. Et les cris, les sifflets, les mains qui crient notre bonheur, les gens qui se lèvent... Enfin la salle montre un peu son plaisir...
Puis ils s'en retournent tous les cinq. Et les mains qui font mal de frapper... Et les bras qui s'alourdissent... Enfin il revient...

Une, puis deux, trois... quatre chansons, chantées seul, à la guitare... Et une qui fait piquer les yeux... Parce qu'elle touche par son sujet, par sa façon de le dire, de le chanter... "Cet enfant"... qu'on aura jamais...

Et puis c'est fini... On continue d'applaudir parce qu'on a aimé, parce que c'était bien... Tellement qu'on aurait voulu que cela ne s'arrête pas... Pas maintenant... Pas si vite, si tôt...

On se lève, on se rhabille... Et on repart avec dans la tête tout plein de mélodie... Et je repart avec dans l'oreille mon Espoir qui chantonne la même chanson...

On fumait des Gauloises bleues
Qu'on coupait souvent en deux
Les beaux jours

Ça valait bien un billet non ?

alors...

Merci Monsieur Yves SIMON !!!

Notes

[1] Diabolo menthe est dédiée à Anna, ma poupée rousse... en souvenir de ce que je fus... de ce qu'elle est...