J’ai appris à me taire…
taire ce qui pourrait faire du mal à autrui… normal je suis socialisée.
taire ce qui me tourmente, la plupart du temps… normal je vis en couple.
taire mes rêves, mes espoirs, mes envies… au plus profond de moi… normal je suis réaliste.

Et puis j’ai appris à dire…
dire afin de partager… normal je suis humaine.
dire afin d’avancer… normal j’ai un psychisme.
dire afin d’aider les autres… normal je suis idéaliste.

Et puis j’apprends de nouveau à me taire… parce que je ne fonctionne pas comme mes “pairs” qui n’en sont pas justement.
Chaque jour je mesure la différence. Chaque jour j’accuse mon âge. Chaque jour je me demande ce que je fais avec ces pairs impairs.
Chaque jour j’y crois pourtant un peu. Chaque jour j’espère. Chaque jour je suis déçue.

Oh ce n’est pas de leur faute, non ! Mes pairs impairs ont quelque chose que je n’ai plus… la jeunesse… il y en a des aspects qui me manquent… mais d’autres dont je suis contente d’en être sortie… Et ce sont ces aspects là qui arrivent parfois à pourrir ma journée, ma soirée… Ce sont ces aspects là qui me frustrent. Ce sont ses aspects là qui me font stresser…

Je n’ai plus cette insouciance de la jeunesse. Je n’ai plus le temps non plus. Remettre à demain parce qu’on se croit éternel… envolé chez moi. Je n’ai jamais cru l’être, d’aussi loin que je me rappelle. Bien sur toute enfant sûrement que je l’ai cru… Mais depuis mon adolescence non. Cette maturité chèrement acquise m’a fait passer des semaines difficiles. Je n’arrive pas à gérer le travail en groupe quand je suis la seule à voir les jours passés et le travail qui n’avance pas. Je ne sais pas gérer. Je n’ai jamais su.

je me suis rendue compte en ce week-end si difficile que rien n’avait changé depuis 1981 dans mes relations avec mes pairs. Depuis que j’ai quitté ma ville natale pour aller m’expatrier à Paris. Depuis que j’ai perdu ce que j’étais socialement. J’étais devenue l’autre, provinciale pour les parisiens, et parisienne pour les provinciaux… Je n’étais plus intégrée. On me côtoyait mais on profitait surtout de moi… Aujourd’hui rien a changé dans le fond…

Je trouve ça dommage…

Peut-être que dans le fond le problème vient de moi… Peut-être que je ne sais pas aller vers les gens qui sauraient être dans la même optique que moi. C’est que je ne vais pas vers les autres, en fait. Je les laisse venir à moi.

Alors oui je dois me taire. Ne plus partager mes idées, mes point de vue, mes commentaires… Sans doute que je dois retourner dans ce qui a été très longtemps ma sphère sociale… ma bulle.