Aventure ferroviaire
le 28 février 2010, 10:58
Cela fait maintenant six mois que nous prenons le train ensemble, si je puis dire. Et cela trois jours par semaine. Nous descendons tout les deux à Perrache. En général j’arrive en premier. Je m’installe en première classe, coté droit dans le sens de la marche, deuxième rangée de siège. Lui arrive ensuite, et s’installe à gauche, de l’autre coté du couloir. Tous les deux nous mettons notre casque pour écouter de la musique. Tous les deux nous nous réfugions dans notre bulle, nous isolant du reste du monde. Peut être pour prolonger la douceur du matin, peut être pour ne pas plonger violemment dans le quotidien… Moi c’est pour ne pas entendre les gens dans le train. Je me sens agressée… pas directement, mais c’est une immersion trop brutale dans le monde. Je crois que je suis asociale la plupart du temps. Et puis j’ai besoin de calme pour lire, et surtout comprendre ce que je lis.
On ne s’est jamais parlé. On ne se dit même pas bonjour. Même pas par un signe de tête ou un sourire. On se regarde quand il arrive et puis on se plonge dans notre monde. J’ai juste remarqué que lorsque j’arrivais en retard, ou quand je reviens de vacances le regard est plus long… Oh ! il ne dure jamais plus de quelques secondes…
Un jour il m’a parlé, c’est vrai… J’avais fait tombé ma carte de transport. Il m’a interpelée… Il est gentil. L’autre jour, il a signalé au jeune homme devant que son écharpe trainait par terre…
Pourquoi est-ce que je parle de lui ? Parce que je suis toujours curieuse de savoir pourquoi mon regard se porte sur telle ou telle personne. Pourquoi plus lui qu’une autre personne ? Dans mon wagon il y a des habitués… plein d’autres…
Je ne saurai répondre à cette question. Juste dire que lorsqu’il est absent il y a comme une sorte de manque. Comme un sentiment que tout n’est pas bien… Peut être sa présence participe t-elle à mon rituel.
C’est ça, pour dire les mots justes, quand il est là tout est normal.
Parfois, je me dis que lorsqu’il va arriver je vais lui sourire. Mais j’ai peur qu’il ne le prenne pas dans le bon sens… je ne voudrais pas que cela le déstabilise.
Je crois que j’ai besoin quelque part de ces quelques secondes où nos regards se croisent. Cela me donne à penser, à imaginer, à croire que tout est à sa place, que la journée peut commencer…
Je crois qu’il n’y a que moi pour se pencher sur une telle question… existentielle s’il en est…
N’empêche, demain je le guetterai du coin de l’œil, je serai contente lorsqu’il arrivera, je serai charmée lorsqu’il me laissera sortir avant lui, et je me demanderai encore pourquoi, je me demanderai encore combien de temps avant que nous ayons un échange un peu plus poussé, je me demanderai encore quelle est sa vie, son métier…
Commentaires
Lorsque je suis allée à Paris, j’ai discuté pendant plus de quatre heures avec mes deux voisins. C’était extrêmement intéressant, mais je serai tout à fait capable d’avoir la même attitude que toi, si je faisais chaque jour le même trajet
Mystère mystérieux des rencontres aléatoires qui se répètent.