Le soleil brille et chauffe le fer des persiennes du bureau. Elles sont entrebâillées mais quelques rayons filtrent et jouent sur le parquet à travers les rideau d’organza. Les lourds rideaux du salon sont clos, atténuant la lumière du matin dans la pièce. Elle reste claire cependant, aussi claire qu’un matin d’hiver.

J’écoute “Excalibur - La légende des Celtes”. je viens de petit-déjeuner. Ma tasse de thé à la bergamote et son nuage de lait côtoient ma souris et son tapis. Je me suis calée dans mon fauteuil devant mon écran qui brille malgré la pénombre. Devant moi la page blanche. Je pianote et je regarde ces tâches noires qui forment une chaîne… ou plutôt un train. Petit tortillard qui va lentement par la campagne, par la montagne, grimpant ardemment les pentes raides, flânant sereinement à travers la végétation luxuriante du printemps chantant… Je suis en vacances…

Trois semaines après les autres, je suis enfin en vacances après une année universitaire plus qu’éprouvante. J’ai fini hier par le partiel que je n’avais pas pu passer en décembre à cause de la neige. J’ai vécu des moments difficiles depuis l’arrêt des cours. Mais tout cela est fini. Je ne crois pas trop m’avancer en disant que j’ai obtenu mon DEUG. J’ai parfois encore de la peine à croire que je viens de terminer ma quatrième année d’étude. Quatre ans que j’ai repris ma vie en main de ce coté là. Quatre ans que j’ai décidé de ne plus subir une fausse fatalité, un jugement plus que partial me condamnant à n’être que l’ombre de moi-même, à ne penser que je ne vaux rien et que je ne ferai jamais rien de ma vie.

Bien sur parfois je regarde tout ça comme une revanche sur la vie mais plus encore une revanche sur celle qui m’a insidieusement distillé, année après année, toute cette mésestime de moi. Pour autant ce n’est pas ce qui me vient à l’esprit lorsque je sombre au point d’envisager de tout arrêter. Dans ces moments là j’ai comme un sursaut et je cherche au plus profond de moi la motivation qui va m’aider à remettre le pied à l’étrier. Et ce n’est pas la revanche qui me pousse. Non pas du tout. C’est beaucoup plus positif que ça. C’est un mélange entre ma curiosité, mon envie et ma soif d’apprendre et ce désir si profond d’enfin atteindre mon rêve de toujours. L’effleurer déjà serait bien… Même si les probabilités que je l’atteigne me sont moins favorables qu’il y a quelques vingt-quatre ans, il existe toujours au moins une chance. Et je la saisirai, coute que coute. Je mesure le chemin que j’ai déjà parcouru et celui qui me reste encore à parcourir. Et je suis suffisamment réaliste pour savoir que chaque semestre réussi est une sacrée victoire, que la prochaine étape importante est de décrocher ma licence… tout le reste sera du surplus comme le dit si bien mon Espoir à sa fille.

Pour autant je continue mon parcours stratégiquement toujours dans la même optique, celle qui me mènera à la réalisation de mon rêve. La voie que j’ai choisi pour y parvenir me plaît énormément. Grâce aux deux choix de cette année, j’ai pu, à travers plusieurs dossiers, toucher du bout du doigt des sujets passionnants. Même si la rédaction s’est parfois faite dans la douleur et in-extremis, je m’y suis épanouie. Et ils furent couronnés de succès. j’en ai même un que ma prof nous a demandé de transmettre à une de ses collègues. J’en suis fière !

Dans mes moments de doute, je repense aussi à ces encouragements que cette enseignante ne manque pas de m’adresser à chaque fois que nous discutons ensemble. Avec elle j’ai vécu des moments appartenant à mon image de l’université. Dans celle-ci faisaient partis ces moments de partage, d’échanges d’idées, d’ouverture d’esprit, d’esprit critique (qui n’est pas forcément négatif loin de là). Ces moments que je n’avais vu que dans des films. La réalité fut tellement meilleure… J’ai tellement apprécié ses “on se revoit l’année prochaine j’espère !” plein de promesses. Elle est mon Mr Keating à moi, mon “Capitaine, oh mon Capitaine“…

Je suis en vacances et pour autant je ne parle que de l’université… Peut être parce que c’est l’un des deux seuls sujets très positifs de ma vie.. et que je ne peux pas parler de l’autre… il est bien trop intime… Il se résume juste à deux mots… Mon Espoir…

Maintenant c’est le vent léger qui joue avec mes rideaux… léger, si léger souffle d’air qui doucement effleure mes épaules nues, ma nuque où seuls quelques fins cheveux se sont libérés de mon chignon. Je me retourne et je regarde mes poissons nager tranquillement, étalant leurs larges voiles qui les font ressembler à des papillons voletant.

Je regarde cette page remplie de toutes ces petites taches noires, infimes traces de moi, de ma vie, de mes pensées… Et je repense à ce petit tortillard déambulant lentement dans la campagne printanière, toute parée de ce vert si tendre des jeunes pousses de conifères, des feuilles toutes jeunes des arbres et arbustes, de ses taches de couleurs si douces des églantiers en fleurs, mais aussi des acacias, des sureaux… et cette essence de printemps qui parfume l’air, savant mélange de fragances fleuries, d’herbes drues, de terre chaude et mouillée après les pluies orageuses de cette nuit…

Je suis en vacances et je ne veux plus penser à toutes ces choses qui finissent par pourrir la vie… tous ces tracas de la vie quotidienne… Je ne veux penser qu’à cette merveilleuse chance de faire ces études qui me plaisent tant et à cet homme merveilleux qui partage ma vie et qui me donne tellement de force quand ça va mal… et tellement d’amour tout le temps…